. "Sûrs et certains"

Le 10 avril 1912, dans le port de Southampton, des passagers pleins de certitudes embarquent sur un navire flambant neuf, le désormais mythique Titanic, en partance pour New-York. Pleins de confiance, ils déballent leurs assurances en même temps que leurs valises. Les moins fortunés sont sûrs d'un avenir meilleur sur l'autre continent, sûrs de l'aventure, sûrs de mieux réussir ailleurs. Mais leur condition modeste limite encore cette assurance.

Les plus fortunés, de leur côté, ont des certitudes bien plus ancrées. Ils sont sûrs de leur billet de première classe, sûrs de la finesse du caviar, sûrs des ordres qu'ils lancent au personnel, sûrs de leurs investissements commentés avec force cigares et cognac, sûrs que le prix du billet vaut le voyage - même s'il est bien élevé…

Tous à bord sont sûrs de la fiabilité du paquebot, sûrs de ses prouesses techniques, reflet de l'ingéniosité de l'intelligence humaine, sûrs de la compétence du capitaine avec ses nombreuses années d'expérience. Le capitaine lui-même est sûr de ses aptitudes personnelles, sûr de son équipage bien rôdé, sûr de leur capacité à repérer les icebergs à temps, sûr de pouvoir manœuvrer son navire avec aisance, sûr de terminer sa carrière avec éclat. Bref, ils sont sûrs que le Titanic est insubmersible.

Mais l'histoire prouve que les "vraies" certitudes, celles qui seront confirmées par la réalité des faits, sont ailleurs, bien ailleurs…

En fait, il est sûr qu'un vulgaire iceberg est un obstacle dangereux, il est sûr qu'un si grand navire ne peut l'éviter à temps, sûr que l'eau pénètre là où la coque a été perforée, sûr que cette même eau se répand d'un caisson à l'autre et fait inévitablement chavirer le navire, sûr qu'il est fait d'acier et que l'acier coule, sûr qu'il n'y a pas assez de place dans les canots de sauvetage, sûr que les secours sont loin, sûr que l'eau est froide… Il est sûr que tous sont mortels et que rien ne peut les empêcher - tôt ou tard - de mourir. Il leur faudra un peu plus d'une heure après la collision pour le comprendre.

Plusieurs siècles auparavant, une autre histoire de navire et d'eau nous parle aussi de certitudes. Dans le port de Jaffa, un prophète, Jonas, embarque sur un navire en partance pour Tarsis. Il est sûr d'échapper à Dieu, sûr de pouvoir suivre sa propre voie, sûr de son indépendance. Mais une tempête fait chavirer ses assurances et un poisson finit par l'engloutir. Dans le ventre de l'animal, Jonas découvre d'autres réalités: la certitude qu'on ne peut fuir son Créateur, la certitude que les vents et la mer, comme la vie et la mort sont entre les mains du Maître de l'univers, et la certitude que la délivrance vient de Dieu seul. Il lui faudra trois jours et trois nuits pour le comprendre.

"Dans ma détresse, moi, j'ai crié à l'Éternel et il m'a répondu… Tous tes flots et tes vagues ont déferlé sur moi. Les eaux m'environnaient et menaçaient ma vie… Mais du fond de la fosse tu m'as fait remonter, ô Éternel, mon Dieu!… Car c'est de l'Éternel que vient la délivrance." (Jonas 2: 3, 4, 7, 10)

Éjecté du poisson, Jonas retrouve ses certitudes mal placées. Il est sûr de la colère de Dieu contre la ville violente de Ninive, sûr du jugement qui va s'abattre sur elle, sûr - et content - de sa destruction imminente. Mais la réalité est ailleurs, bien ailleurs… Et une autre certitude, solide comme un iceberg viendra encore déstabiliser le navire de sa foi: Dieu pardonne, Dieu fait grâce. C'est sûr et certain! Nouveau changement d'époque et de lieu, mais cette fois-ci, le drame se déroule sur la terre ferme. Un homme, Jésus, est embarqué par les soldats. C'est un voyage volontaire, un voyage qu'il a choisi. Les chefs religieux qui l'ont arrêté sont gonflés de certitudes: il sont sûrs de leur billet de première classe, ils sont sûrs de leur bon droit: cet homme est un blasphémateur. Il se prend pour Dieu. Ils sont donc sûrs de la sentence: la mort. Ils sont sûrs de la nécessité d'écraser ce mouvement hérétique, sûrs de mettre fin à ces miracles dérangeants, sûrs d'empêcher Jésus d'accomplir "le signe de Jonas"… sûrs d'en finir avec Jésus.

Mais la réalité est ailleurs, bien ailleurs… Ce qui est vraiment certain, c'est que les moqueries des soldats ont humilié le roi couronné d'épines, il est certain que les clous ont fait leur œuvre de torture, il est certain que l'épée a transpercé son corps et confirmé l'inéluctable: c'est sûr et certain, celui qui disait: "Je suis la Vie" est mort. Jésus a payé le prix du voyage, même s'il était bien élevé… Et pour être bien sûr que ce soit la fin, on sera sûr de rouler la pierre du tombeau, sûr d'y apposer des scellés, sûr d'y poster une garde.

"En effet, comme Jonas resta trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l'homme passera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre." (Matthieu 23:40)

Trois jours et trois nuits: ce sera encore le temps nécessaire pour faire chavirer le navire des certitudes humaines entré en collision avec l'iceberg de la croix. Car le troisième jour, de nouvelles certitudes naîtront avec l'aube…

"Nous vous l'assurons", répètent les femmes "le tombeau est vide". C'est sûr et certain, Jésus est ressuscité. Les flots de la mort n'ont pas pu le retenir. Les certitudes de Dieu l'emportent sur les certitudes des hommes. Le centenier l'a immédiatement reconnu: "Cet homme était vraiment le Fils de Dieu." Et cette certitude confirme les autres: la certitude que Dieu accomplit ses projets dans le monde, la certitude que Dieu est encore toujours "plein de grâce et de compassion, lent à se mettre en colère et riche en amour", la certitude que Dieu est plus fort que la mort. Dieu est insubmersible, c'est sûr et certain!

Yvonne van der Does,
(Tiré de la revue: Contact et communion, # 77, 1er trimestre 1998 )


(Dernier morceau joué par l'orchestre quand le Titanic sombra)

Nearer My God To Thee

Mon Dieu, plus près de toi

Mon Dieu, plus près de toi,
Plus près de toi!
C'est le mot de ma foi;
Plus près de toi!
Dans le jour où l'épreuve
Déborde comme un fleuve,
Garde-moi près de toi! Tout près de toi!

Plus près de toi, Seigneur,
Plus près de toi!
Tiens-moi, dans ma douleur,
Tout près de toi.
Alors que la souffrance
Fait son oeuvre en silence,
Toujours plus près de toi,
Seigneur, tiens-moi!

Plus près de toi, toujours
Plus près de toi!
Donne-moi ton secours,
Soutiens ma foi.
Que Satan se déchaîne,
Ton amour me ramène
Toujours plus près de toi,
Plus près de toi!

Cantique # 271, Célébrons Dieu
# 245, Chants de Victoire

Retour au menu
Retour au menu